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«Ame fifties» : du Souchon « pur sucre »

  • Photo du rédacteur: Pascal Durieux
    Pascal Durieux
  • 23 nov. 2019
  • 3 min de lecture

Alain Souchon album
Alain Souchon, Âme Fifties (Warner)

Pour son onzième album, Alain Souchon nous raconte ses années cinquante. Ce Dandy amoureux des mots, loin de la nostalgie, nous sert une nouvelle fois un bien bel album… Dans un monde où la vie est rythmée par les chaines d’info et les fake news, cette parenthèse musicale fait du bien à l’âme. A écouter, à offrir …


C’est un dimanche pluvieux, un jour où tu as sorti les chiens dans la campagne rincée. La casquette vissée sur la tête et le barbour huilé, tu te dis que le feu de cheminée et le livre de Sylvain Tesson auront raison de toi. Une fois rentré, tu choisis le dernier opus d’Alain Souchon – Ames Fifties - pour siroter ton thé.


Onze ans que ce troubadour n’était pas apparu dans le paysage musical. Dix chansons originales ponctuent cet album réussi. Cette fois, notre chanteur de 75 ans, nous parle de ses années 50. Ses deux fils (Pierre Souchon et Ours) ont largement contribué à la composition. Compagnon de toujours, Laurent Voulzy n’y est que sur Irène mais a été très présent comme le souligne Alain Souchon dans son mot d’introduction sur la pochette du CD. Il explique également que c’est suite à sa contribution pour la musique du soldat Rose et au plaisir qu’il a eu de travailler avec ses fils et Edouard Baer, qu’il a voulu continuer. Et vous savez quoi ? Il a bien fait.


Une nostalgie mesurée

Alors, ce Souchon là n’est pas révolutionnaire : on ne sort pas les grosses guitares électriques et la grosse caisse… Bah oui, vous ne voulais pas qu’à son âge, il se mette au métal et au jump ! Mais rassurez-vous, c’est du Souchon pur sucre qui nous emmène dans ses années bonheur, sans forcément nous dire que c’était mieux avant. Il nous dessine les fifties avec Gabin bougon dans sa Vedette Vandôme, Verchuren dans le Radiola mais nous rappelle aussi «les enfants soldats des montagnes algériennes». C’est çà Souchon, il n’enfonce pas de porte, ne défile pas au mégafone, mais nous parle à l’oreille, nous susurre de rester vigilent. Voyager avec Alain, c’est traverser une époque où les filles des beaux quartiers éduquées jouant « Debussy et Gabriel Fauré » se conclut par «La lutte des classes et On sait où ça nous mène hélas». Une succession de balades nous rappelant que le soleil ne brille pas pareil pour tout le monde. Ici et là nous emmène des deux côtés du périh’ et, à pas feutrés, nous explique le fossé qui sépare les deux rives : «Ici khâgne hypokhâgne/ Grimpe à Normal Sup/ Là l’escalator en panne/ On tourne dans la ZUP».


Des beaux mots sur les maux de l’époque

Un bien bel album où le chanteur du baiser sur la plage de Malo-Bray-Dunes nous dépeint la vie qui va, la vie qui vient, comme le ressac sur la plage du Crotoy – en face de St Valéry. Une plage des premiers baisers sages où un ballon s’ennuie. On retiendra l’ode au Hauts-de-France entre le sable de la mer du Nord et la Grand Place de Lille où « par un jeu subtil de glace, j’ai eu ton profil de face… » Presque nous, presque vous sans doute… Comme « On s’aimait/sur une ile/on était indépendantiste/ on s’aimait mais on ne s’le disait pas/et puis la vie avec son rouleau… »


« Mais belle Hélène, la lutte des classes/On sait où ça nous mène hélas/ Ménélas »
Plage/ Crotoy
Sur la plage du Crotoy/ Ils ont un p'tit peu froid...

Nul doute que cet album parlera aux amoureux des beaux mots distillés à fleurets mouchetés sur les maux de notre époque tout en parlant des années surannées. Dix chansons qui parleront à ceux qui se souviennent avec nostalgie des années cinquante, soixante voire soixante dix mais qui se rappellent qu’au collège ils portaient des blouses et que la censure existait encore. Alors sans comparaison mais avec raison, Monsieur Souchon nous chante à l’oreille que chaque époque a du bon. Que dire de plus pour vous convaincre de l’écouter ? Peut-être que cet album démarre par « ferme les yeux et vois » et finit par « Ouvert la nuit », dernier titre plus fanfare et déjanté entendu dans le film du même nom, signé Edouard Baer. Un album qui ne peut que séduire les adeptes de la lenteur, les revenus de tout mais prêt à partir dès demain.




 
 
 

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