« La Méouge, le Rhône, la Durance », le Nouvel album de Michel Jonasz
- Pascal Durieux
- 3 déc. 2019
- 5 min de lecture
Après huit ans d'absence, Michel Jonasz nous a livré son dernier album le 25 octobre dernier. « La Méouge, le Rhône, la Durance », 11 titres réalisés avec ses complices de toujours, Manu Katché et Jean-Yves d’Angelo. Un très bon cru digne des belles années d’Unis vers l’uni. Comme souvent les thèmes phares du chanteur sont abordés : l’amour, la nostalgie mais aussi l’urgence écologique… Une tournée intitulée « Groove » passera par le théâtre Sébastopol en Novembre 2020 ! En attendant, n’hésitez pas à écouter ce millésime 2019. Une belle idée de cadeau pour noël !
Huit ans, huit ans déjà que Mister Swing ne nous avait pas donné de nouvelles ! N’allait pas dire à Michel Jonasz qu’il n’a rien fait pendant tout ce temps : ça l’énerve. Certes, il s’est illustré dans d’autres Arts : au théâtre d’abord où, seul en scène, il raconta la vie de son grand-père maternel dans « Abraham ». Puis il fut le scientifique de la relativité dans le formidable Best Seller de Laurent Seksik « Le cas Eduard Einstein» : la véritable histoire du fils d’Einstein, atteint de schizophrénie. Puis, la pièce dont il est l’auteur « La vie est une tarte aux pommes ». A cela, s’ajoute plusieurs participations dans des séries télé et deux longs métrages - Il a déjà tes yeux ou Baby Phone – et pour finir une tournée piano/voix avec Jean-Yves d’Angelo, puis avec un quartet. Alors oui, très occupé le Michel! N’empêche que nous commencions à trouver le temps long. Comme il l’expliquait : « à partir de 2018, j’avais moins de dates de concerts. Je m’y suis mis. »

« La Méouge, le Rhône, la Durance », plaidoyer pour la planète
Le 25 octobre dernier sortait donc le dernier opus du Joueur de blues. Un album de Michel Jonasz, c’est comme un bon vin, un vin de garde d’une belle maison : ils sont tous bons mais il y a de très bons millésimes. Je peux déjà vous dire que le cru 2019 est une très grande année. « La Méouge, le Rhône, la Durance », plaidoyer pour la planète est un retour en fanfare. Côté bande son, ça groove ! C’est d’ailleurs le titre de la tournée prévue en 2020. Et ce ne serait pas lui faire injure que de dire que cet album à des sonorités « années 80 » quand on sait que l’on retrouve deux fidèles camarades des belles années, le pianiste Jean-Yves D’Angelo et le batteur Manu Katché. Comme souvent, l’homme qui pleure sa vie – comme le surnomme A. Souchon - a concocté une ode à l’amour sous toutes ses formes… Qu’elles soient nostalgiques avec (On était bien tous les deux...) Ou lorsqu’elles s’enfuient avec le titre aux accents funk (Mais baby c’est la crise…) Comme il l’expliquait récemment au micro de Patrick Cohen dans l’émission : c’est arrivé cette semaine sur Europe 1 « Une seule histoire d’amour dans votre vie peut vous faire écrire 19 albums ».

Mais pour l’homme qui a écrit (couchons-nous sur les fourmis rouges pour voir si l'amour est resté et voir si l'un de nous deux bouge couchés sur les fourmis rouges), l’émotion est la même voire plus intense sur « La maison de retraite ». Le meilleur texte de l’album. Sans doute les mots d’un chanteur de 72 ans qui a la facilité à se projeter. Un homme qui vieilli mais qui a toujours l’énergie d’aimer et de dire non ! Un homme qui sait que l’amour ce n’est pas forcément pour toujours mais quand a le bonheur d’être ensemble depuis tant d’années, il faut le préserver. Dans cette chanson où un homme ne veut pas se retrouver enfermé avec son aimée dans une résidence de personnes âgées, on sent toute l’énergie de Michel à rester présent : présent pour elle, présent pour lui et présent pour son public (On s’ra jamais trop vieux / Pour s’écrire des poèmes / Pour se dire que l’on s’aime / Se r’garder dans les yeux…) c’est un cri d’amour à la vie, un appel aux notes « bréliennes ». Énorme titre ! Mais quand on sait que Michel Jonasz a repris Brel dans « Les Vieux » sur « Ces Gens-là », un disque en hommage au grand Jacques paru en début d'année, c’est logique. Sur le temps qui passe et sur l’être disparu, l’image de l’autre qui s’estompe sans que l’on ait eu le temps de tout se dire (Qui s’est effacé de la photographie le premier / Lequel a disparu du cadre par surprise/ tant de choses à se dire encore/ pourtant tant de choses encore à faire…) A plus de soixante dix printemps, on peut dire qu’il maîtrise encore son sujet et celui qui criait après Lucille écrit encore la passion comme personne dans/ J’pourrais traverser la mer à la nage / Pour un seul de tes baisers. Et si romantique / Accrocher un hamac à deux nuages, que le vent puisse te bercer… Décidément cet amoureux de la vie n’a pas fini de nous le dire.
« Une ode à l’amour sous toutes ses formes… »
Le brun de nostalgie on le retrouvera sur /On était bien tous les deux, tu t’en rappelles / Toi et moi, rien d’autre au milieu, sauf l’essentiel… Alors l’amour bien sûr, mais aussi ses préoccupations pour planète bleue. Amoureux de la terre depuis toujours, il nous confie ses tourments écologiques. Dans les premières paroles d’Unis vers l’uni il nous rappeler déjà dans les années 80 que nous étions (temporairement locataires sur la terre). Là, dans La Méouge, le Rhône et la Durance, il essaie de rétablir le lien entre nous et la nature. Grâce à des mots qui coulent comme l’eau rejoignant la mer, il récite ce long poème de réconciliation avec nous-mêmes. En quelques phrases il nous rappelle ses inquiétudes et s’alarme sur la non-préservation de la planète. (Levez vous ! Il est temps, le ciel est calme encore mais d’un calme pesant ! Un de ces calmes lourds qui précèdent les orages…) Optimiste mais pas crédule, le dernier titre Planète bleue nous exhorte à retrouver notre humanité Il faut faire honneur à ce que nous sommes (Et ce qui fait l’Homme, c’est la main tendue.) Tandis que dans « Océan », le romaniste est retrouvé, on plongera dans « les Nuits tropicales » pour un voyage au Brésil. On notera également de nouvelles tonalités orientales dans « Sombre et la nuit » dont la voix de la chanteuse algérienne Zaho est une belle découverte dans l’univers de Mister Swing ! Voilà, comme il l’écrit l’intéressé sur la pocheté du CD, « tout est dit, je persiste et je signe au nom de ceux qui cherchent, de tous ceux qui attendent fils et filles de la terre… » Fermé le ban !




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